Revivre une grande aventure inspirée du cinéma avait déjà quelque chose d’excitant sur PC et consoles. Mais pouvoir la vivre de n’importe où, de son canapé au métro, ou en vacances même, c’est peut-être ça le sens même de l’aventure. En tout cas, c’est un pari que tente de relever Indiana Jones et le cercle ancien en débarquant sur la console hybride de Nintendo.
Le temps de l’exclusivité est définitivement terminé pour Indiana Jones et le cercle ancien. Le retour de l’archéologue qui n’a pas froid aux yeux avait d’abord laissé languir une partie des joueuses et des joueurs, le jeu étant sorti d’abord uniquement sur Xbox Series X|S et PC. L’an dernier, il a finalement fait le voyage sur PS5, avant d’atterrir le mois dernier sur Nintendo Switch 2. Nous avons donc pris notre ticket pour cette ultime itération, curieux de voir si MachineGames est parvenu à faire rentrer son aventure aux quatre coins du monde dans un hardware hybride. Même si certains points forts du jeu restent intacts, ce portage n’a pas été sans concessions non plus. La version Nintendo Switch 2 d’Indiana Jones et le cercle ancien est-elle à la hauteur ? On fait le point dans notre test.
Une histoire qui oscille entre nostalgie cinématographique et une ambition narrative trop gourmande
Puisque la Nintendo Switch 2 Edition d’Indiana Jones et le cercle ancien est un portage, on redécouvre l’exacte même récit. Notre archéologue star renfile son chapeau pour affronter les Nazis dans la quête d’un trésor ancestral. Familier de l’imaginaire du Reich après s’être longuement chargé de la licence Wolfenstein, MachineGames surprend surtout ici en parvenant à s’approprier une licence aussi emblématique du cinéma des années 1980 qu’Indiana Jones. Qu’on se le dise, notre héros aussi érudit que casse-cou n’a pas pris une ride.

Deux ans après la sortie initiale, ce portage transpose toujours aussi finement l’esprit aventureux des films de Steven Spielberg. Entre les cinématiques dignes de l’humour et de la malice du réalisateur, tous les clins d’œil à la franchise et le soin accordé aux décors, on a l’impression d’y être. MachineGames a même pensé à ajouter, en option, les bandes noires qui encadrent l’écran de jeu pour nous donner davantage cette sensation d’être au cinéma avec Indiana Jones et le cercle ancien.
Mais passé ce frisson nostalgique, on doit quand même dire que l’intrigue perd ce qui faisait son émerveillement. Elle se noie progressivement sous l’accumulation de quêtes annexes et de mystères secondaires. On jongle alors entre les objectifs, souvent curieux de résoudre ces petites histoires qui ne manquent pas d’intérêt, nous permettant même parfois de mieux connaître les autres personnages. Seulement, en se dispersant ainsi, on vit le même drame que dans de nombreux mondes ouverts : la tension narrative s’estompe, si bien qu’on ne ressent plus vraiment l’urgence de l’aventure. Et puisqu’ici on est dans un environnement semi-ouvert qui nous fait voyager d’un pays à l’autre, on n’a pas envie de passer à côté de certaines découvertes. Il manque un bon équilibre entre le fil rouge principal et l’exploration, d’autant plus quand le gameplay nous restreint malgré ses bonnes intentions.

Un jeu Indiana Jones dont même le gameplay est archéologique
Le défi pour Indiana Jones et le cercle ancien était de coller à l’esprit des films tout en parvenant à rester moderne dans sa proposition. Et à ce titre, le jeu présente de vraies bonnes idées. La fameuse carte qu’Indy sort physiquement plutôt que d’avoir une mini-map à l’écran est immersive à plus d’un titre. MachineGames a tenu à nous remettre dans l’époque avec ce genre de détails très concrets. Cela vaut aussi pour l’apprentissage de compétences en trouvant des manuels éparpillés dans les différents environnements par exemple. Même si la lisibilité n’est pas toujours optimale avec ce genre de procédé par rapport à des interfaces hyper modernes, ça fonctionne bien et contribue à préserver l’ADN de la franchise.
Même le combat au corps à corps, bien qu’un peu maladroit dans son procédé du fait de sa rigidité, a été pensé pour nous faire revivre en jeu les bagarres habituellement mises en scène par Spielberg. En revanche, la prise en main se complique avec une Nintendo Switch 2 dont les manettes Joy-Con ne sont pas des plus ergonomiques. Distribuer les gnons avec les gâchettes passe encore, mais quand il s’agit de jongler entre les boutons, par exemple pour donner un coup de fouet entre deux, on préfère jouer sur une vraie manette à la place. Sans parler de la visée au stick qui, comme on le constate depuis la sortie de la Nintendo Switch 2, n’est pas la plus adaptée pour être précis sur un tel jeu. À cela s’ajoute une zone d’action souvent restreinte, qui menace de nous mener à l’échec quand on cherche juste à escalader ou à se balancer d’un endroit à l’autre avec le fouet. Plusieurs fois, on s’est retrouvé à la frame près pour pouvoir simplement nous en servir, nous retrouvant au bord du vide.

Toutefois, le véritable frein de la console tient surtout au fait de jouer en nomade. Pour profiter pleinement de l’expérience, notamment quand il s’agit d’explorer, on a préféré enlever les fameuses bandes noires qu’on apprécie pourtant en docké. Autrement, la lecture des décors devenait laborieuse. D’autant plus pour un jeu qui regorge d’éléments avec lesquels interagir autour de soi et qui, parfois, demande de les pointer très précisément pour s’en saisir. Alors que l’arrivée d’Indiana Jones sur Nintendo Switch 2 était la promesse de pouvoir retrouver ce sentiment d’aventure en étant soi-même en vadrouille, on s’est vite rendu compte qu’on en profiterait bien mieux en restant confortablement chez soi. Et cela va au-delà du gameplay en lui-même.
Indiana Jones et le cercle ancien a besoin d’un coup de fouet technique sur Nintendo Switch 2
D’un point de vue artistique, Indiana Jones et le cercle ancien se défend honorablement. En misant sur une réalisation réaliste globalement réussie, MachineGames se rapproche sensiblement du rendu des films. Des catacombes aux ruines antiques, les décors sont somptueusement travaillés pour que chacun soit crédible. Ajoutons à cela l’ambiance sonore très vivante et une bande-son qui fait honneur à la saga, on tient là un jeu à la hauteur du mythe. Sans compter que le studio a poussé la corrélation jusqu’au bout en modélisant un Indy sous les traits de son acteur original, Harrison Ford (doublé en français par l’irremplaçable Richard Darbois, un régal !).

En revanche, Indiana Jones et le cercle ancien se prend carrément les pieds dans la technique. D’abord, le downgrade graphique est évident. Certes, on trouvera le jeu toujours joli, surtout en mode docké. Mais sans grande surprise, la résolution est largement diminuée et les environnements parfois appauvris en conséquence. Alors qu’on avance dans le désert, les végétaux et autres rochers clippent régulièrement à notre approche. Dans un autre style, les textures des documents qu’on ramasse peuvent avoir du mal à charger, rompant radicalement l’immersion. À moins que ce ne soit un moyen de prouver les talents d’archéologues d’Indy, qui parvient à lire à travers les amas de pixels flous pour nous donner la retranscription dans le menu à côté ? Mais on en doute un peu. Puis, ces problèmes n’ont fait que s’accumuler quand on a eu la périlleuse idée d’affiner les détails depuis le menu, soulevant d’autant plus la question des performances sur Nintendo Switch 2.

Malgré la concession assumée de brider le jeu à 30 images par seconde, contre les 60 FPS atteignables sur les autres consoles, arpenter Indiana Jones et le cercle ancien ne se fait pas sans embûches. Selon les zones, le jeu se prend à saccader, imposant des ralentissements courts mais courants. On a même eu la bonne surprise de voir un PNJ ennemi bloqué en T-pose lors d’une rixe. Certains bugs comme celui-ci font rire sur le coup, c'est sûr. Mais on ne va pas vous cacher que les problèmes de performance ont été frustrants à la longue. Être freiné constamment au même endroit parce que l’exploration exige d’y faire des allers-retours est loin d'être ludique. Même si le jeu est largement jouable dans l’ensemble, de préférence en docké, MachineGames a encore du travail pour réussir à dompter la Nintendo Switch 2 et proposer une expérience à la hauteur.